Quelle place pour les femmes dans le numérique ?

Dans un contexte de pénurie des talents, les femmes ne se tournent pas vers les formations et les métiers du numérique. Ce domaine porteur, innovant et moderne, reste majoritairement préempté par les hommes.

Une déficience tout au long du parcours scolaire… :

Les femmes sont de moins en moins nombreuses dans les formations numériques. Les représentations genrées véhiculées par la société et les organisations, la force des stéréotypes, la socialisation sexuée sont autant de facteurs à l’origine de la sous-représentation des femmes dans les métiers du numérique.

Selon l’étude conduite par l’OPIEC en 2016 auprès de lycéennes, étudiantes et salariées1, certains facteurs jouent à tous les moments où une décision d’orientation se fait. On trouve, parmi les principaux: l’influence des médias, la méconnaissance des métiers, l’absence de modèles féminins, une vie en entreprise parfois vue et vécue comme difficile.

En Europe comme en France la filière numérique n’attire pas les filles et les jeunes filles.

Cette tendance se constate également dans l’Union Européenne : en 2015, 57 % de l’ensemble des diplômés étaient des femmes, mais seulement 25 % ont obtenu un diplôme dans les filières du numérique et 13 % de ces diplômées travaillent dans le secteur du numérique. (contre 15 % en 2011)2.

En France, en dix ans, le pourcentage de filles dans les filières scientifiques et techniques n’a augmenté que de deux points. Elles sont encore moins bien représentées dans les écoles d’ingénieur de la CGE ayant au moins une spécialisation numérique, soit 27 % en 20173, à la rentrée 2019, 2,6% de filles de secondes ont choisi la spécialité Numérique et Science Informatique (NSI) en première, contre 15,2% des garçons4.

Alors qu’on estime à plus de 50%  la part des métiers numériques en 2030 qui n’existent pas à ce jour, selon l’étude du Conseil Général de l’Économie les nomenclatures institutionnelles visant à classer les métiers à des fins statistiques ne permettent de couvrir les métiers du numérique, la multiplicité des référentiels des métiers numériques (institutionnels -FAP-ROME-  et des branches professionnelles ou associations – SYNTEC numérique, OPIIEC, CIGREF, CAP Digital, etc.), ne donne pas aux élèves les codes pour se projeter dans un avenir professionnel numérique attractif5.

Qui se prolonge dans la faible représentation des femmes dans les métiers du numérique, pourtant en pleine croissance:

Les femmes ne représentent que 33% des salariés du secteur de l’Ingénierie et 30% des salariés du secteur du numérique, ce principalement dans les fonctions dites « de support » telles que les ressources humaines, l’administration, le marketing ou la communication. Parmi les techniciens d’études et du développement en informatique, 16% sont des femmes. Parmi les techniciens en installation, maintenance, support et services aux utilisateurs en informatique, elles ne sont que 14%1. En 2019, 7% des start-up françaises étaient dirigées par des femmes6, ce pourcentage est en baisse depuis 2 ans : 10% en 2017, 9% en 2018. Quant à la part des femmes dans les métiers informatique elle est de 28%7 (en 2017) et seulement 11% de femmes travaillent dans la cybersécurité8.

La mixité femmes-hommes est impérative dans un secteur dynamique où les recrutements et les créations d’emplois sont les plus nombreux. Au total, selon le scénario central de la DARES9, 191 000 postes seraient à pourvoir sur la période 2012-2022 dans les métiers de l’informatique, correspondant à 81 000 départs en fin de carrière additionnés à 110 000 créations nettes. Les postes à pourvoir représenteraient chaque année 3,1 % des effectifs du domaine, soit une proportion légèrement supérieure à celle projetée pour l’ensemble des métiers (3,0 %).

Lutter contre les stéréotypes de genre et encourager les femmes à s’approprier les compétences numériques contribuera à accompagner les évolutions des métiers à venir, ouvrir de nouvelles perspectives du marché du travail et transformer les relations professionnelles.

Sources :

1 : Fafiec-observatoire-opiiec : Attractivité des métiers du numérique – Février 2016
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2 : Commission Européenne: Les femmes à l’ère du numérique – 2018
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3 : CGE 2017 – Ecoles d’ingénieur ayant une fillière IT – 2017
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4 : Note d’information DEPP : Choix de trois spécialités en première générale à la rentrée 2019
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5 : Conseil Général de l’Economie : Les besoins et l’offre de formation aux métiers du numérique
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6 : Performances économique et sociale des start-up en France EY – Baromètre – 2019
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7 : INSEE : L’économie et la société à l’ère du numérique – Edition 2019
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8 : 11% – Une étude pour comprendre pourquoi les femmes ne travaillent pas dans la cybersécurité
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Article sur l’étude

9 : Etude DARES : Métiers 2020 – Informatique – 2015
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Un peu plus sur la place des femmes dans les filières et métiers du numérique:

France Stratégie (2014) :Lutter contre les stéréotypes filles-garçons
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Isabelle Collet:  Les oubliées du numérique
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Social Builder : La féminisation des métiers du numérique
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Extraits de l’étude Gender Scan 2019
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Rapport  du Women’s Forum : Les femmes au cœur de l’économie – Janvier 2020
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Etude Iclaves réalisée pour la Commission européenne : La place des femmes à l’ère numérique
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Etude du SANS Institute : « Les femmes dans la Cybersécurity » (en anglais)
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Le constat du collectif Femmes@Numérique

Dans un contexte de pénurie des talents, les femmes ne se tournent pas vers les métiers du numérique. Le secteur, innovant et moderne, reste majoritairement préempté par les hommes.

UNE PÉNURIE DES TALENTS DANS L’INDUSTRIE NUMÉRIQUE

Le numérique bouleverse les organisations qui doivent accélérer leur transformation, développer leur agilité et innover pour renforcer leur compétitivité.

Pour ce faire, elles doivent attirer, former et retenir les nouveaux talents à même de développer et de déployer les nouveaux services basés sur les technologies et qui leur donneront un avantage concurrentiel. Or, en France comme dans la plupart des pays européens, ces profils recherchés sont rares. L’écart entre les besoins des entreprises et les compétences disponibles sur le marché du travail ne cesse de croître.

Les entreprises alertent très régulièrement sur leur difficulté grandissante à embaucher. Selon une évaluation de la Commission européenne, il manquera 756000 professionnels du numérique en Europe en 2020. L’Union européenne estime en outre que plus du tiers des employés et que près de 45% des citoyens européens sont néophytes en matière de numérique. Enfin, selon France Stratégie et la Dares2, entre 170 000 et 212 000 postes seront à pourvoir dans le numérique en France en 2022. La question des compétences devient centrale. Le recrutement massif de professionnels du numérique et la fidélisation des collaborateurs sont aujourd’hui au cœur de la stratégie des organisations.

L’IMPACT DU NUMÉRIQUE SUR L’ÉCONOMIE ET LES ORGANISATIONS

Les enjeux de mixité des métiers existent dans beaucoup de secteurs. Le rapport « Agir pour la mixité des métiers »5 publié par le Conseil Économique, Social et Environnemental montre que seulement 13 des 87 métiers recensés en France seraient réellement mixtes (entre 40 % et 60 % de femmes). Pour autant, nous avons choisi de concentrer nos actions sur un secteur d’avenir, le numérique.

Blockchain, intelligence artificielle, big data, cyber sécurité, objets connectés, cloud… Le numérique est présent partout. Il est devenu un moteur essentiel de développement économique. L’innovation dans les services, les usages et les technologies de pointe se diffuse à grande vitesse dans l’ensemble de la société. Dans tous les secteurs d’activité, la compétitivité et la performance des organisations reposent en grande partie sur leur transformation numérique.

Les transformations que le numérique suscite sont d’envergure. Dans un avenir proche, le physique et le virtuel seront perpétuellement imbriqués. Cette révolution offre l’opportunité aux professionnels du secteur de faire rayonner une industrie de rupture.

LA NÉCESSITÉ D’ATTIRER LES FEMMES DANS LE SECTEUR

Le numérique n’a pas toujours été qu’une affaire d’hommes. En 1843, c’est la britannique Ada Lovelace qui développe le tout premier programme informatique. Cent ans plus tard, Mary Keller devient la première personne à soutenir une thèse d’informatique aux États-Unis. À la même époque, Grace Hopper développe le premier compilateur ouvrant ainsi la voie aux langages de programmation. Ce sont également des femmes qui programmèrent en 1946 le premier ordinateur entièrement électronique. Ces femmes pionnières dans la programmation, l’informatique ou l’ingénierie, sont loin d’être les seules.

Comment expliquer alors que les femmes qui étaient les premières à programmer et les plus nombreuses dans les études d’informatique jusque dans les années 19804 soient actuellement sous-représentées dans l’industrie numérique ?

Les facteurs socio-historiques qui peuvent l’expliquer sont nombreux : avènement du micro-ordinateur qui a transformé l’image et l’économie du secteur de l’informatique, naissance de la figure du geek, absence de rôles modèles féminins, méconnaissance du secteur, puissance des stéréotypes, sexisme dans les formations technologiques5…

Nous en voyons les effets aujourd’hui : pour le plus grand nombre, femmes et métiers du numérique semblent antagonistes.

Les femmes sont également demandeuses d’usages toujours plus nombreux du numérique (e-commerce, services, vie quotidienne, services publics…).
Promouvoir la mixité dans la conception et le développement de nouveaux services numériques permettrait d’étendre et de mieux adapter les usages.
D’utilisatrices, elles doivent se positionner en tant qu’actrices et ainsi nourrir la créativité du secteur numérique.
Le collectif Femmes@Numérique propose de mettre en place une stratégie de communication ciblée et d’amener les femmes à contribuer au développement du numérique

Sources :

1 : Stratégie internationale de la France pour le numérique par Jean-Yves Le Drian et Mounir Mahjoubi
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2 : Les métiers en 2022 (Prospective des métiers et des qualifications)
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3 : Agir pour la mixité des métiers
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4: Pourquoi les femmes ont déserté l’informatique dans les 80’s
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5 : Sexisme dans les formations Tech & Numérique
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